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Vendredi 15 décembre 2006

Nouvel Ouest , Date de parution : vendredi 15 décembre 2006

Philippe de Villiers, président du Conseil Général de la Vendée
« L’allée qui part de nos maisons est le chemin du monde »

Il dit qu’il a eu deux vies. D’abord celle d’entrepreneur, avec la création du Puy du Fou, de la radio Alouette et de l’école Sciences Com à Nantes. Et puis celle de responsable public, au Conseil Général de la Vendée, dont il est le président depuis 1988. Aujourd’hui, il confie qu’il commence tout juste la troisième. Philippe de Villiers, 57 ans, incarne littéralement son département de la Vendée, avec lequel il partage (auquel il insuffle ?) son goût pour l’audace et l’esprit d’innovation. Rencontre.

Philippe de Villiers, en mai dernier, l’Express publiait une enquête sur les départements français. La Vendée y figurait en tête. Comment avez-vous réagi à ces résultats ?

Sans surprise excessive. Comprenez-moi bien : en tant que président du Conseil Général, en tant que Vendéen surtout, je suis heureux de voir que mon département fait figure d’exemple national. Mais ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence logique d’un projet bien précis, mené par tous les Vendéens pour le développement de la Vendée. Cela montre qu’il n’y a, jamais, de fatalité. Cela montre surtout qu’à l’heure de la mondialisation et après l’éclatement des blocs, la réussite n’est plus liée à la taille.

Les Vendéens ont la réputation d’être particulièrement entreprenants, les grandes sagas industrielles de votre département en témoignent. Y a-t-il un caractère vendéen sur lequel les réussites d’aujourd’hui s’appuient ?
Il y a d’abord une fierté de nos racines, commune à tous les Vendéens. Cet état d’esprit est capital pour comprendre ce que l’économiste Michel Albert a pu appeler « le miracle économique vendéen » : comment cette terre profondément rurale, sans véritables richesses naturelles, sans tradition industrielle fortement ancrée, profondément enclavée il y a encore vingt ans, est-elle parvenue à se hisser tout en haut de la carte de la prospérité française ? J’y vois d’abord une explication culturelle. Contrairement à l’idée qui a dominé ces dernières décennies, c’est la culture qui explique l’économie, pas l’inverse. Les Vendéens ont réappris à aimer la Vendée, à en être fiers, à travailler pour un avenir qui, à nouveau, leur était devenu commun. C’est cette volonté collective, fondée sur une culture de l’autonomie, de la responsabilité et de l’effort, qui explique aujourd’hui notre dynamisme. J’en suis intimement convaincu : les succès économiques suivent toujours les succès culturels.

Le Conseil Général que vous présidez est très présent aux côtés des chefs d’entreprises. Comment concevez-vous votre rôle de responsable public dans ce domaine ?
Là encore, il faut tordre le coup à cette idée bien française que les collectivités peuvent suppléer aux entreprises. Les véritables créateurs d’emplois, ce sont les entrepreneurs. Nous, responsables publics, sommes là pour les aider à aller de l’avant, à aller au bout de leurs initiatives. Voilà pourquoi le Conseil Général de la Vendée a beaucoup investi dans les équipements, là où tant d’autres se sont contentés de multiplier leurs dépenses de fonctionnement. Le désenclavement, les Vendéopôles, le haut débit, les formations professionnalisantes sont autant d’outils que nous mettons à la disposition des entreprises. Nous avons le devoir d’être très concrets dans nos réalisations car elles sont des critères de choix essentiels pour l’implantation des entreprises.

Premier pour le dynamisme économique dans le classement de l’Express, la Vendée l’est également dans le domaine de l’accueil des familles. N’y a-t-il pas là un paradoxe ?
Nous avons toujours été extrêmement attentifs à ce que le développement de la Vendée ne se fasse pas au détriment de la qualité de vie de ses habitants. C’est pourquoi nous avons soigneusement privilégié un équilibre territorial qui permet à tous les secteurs géographiques de Vendée de se développer au même rythme. Chez nous par exemple l’habitat social est réparti dans toutes les zones. Cela permet d’intégrer les plus démunis dans un réseau de proximité où la mixité sociale joue vraiment son rôle. Très tôt, nous avons par exemple refusé les grands univers concentrationnaires, générateurs de détresse humaine. De même les solidarités naturelles que constituent la famille, les associations ou encore la commune conservent en Vendée une vivacité peu commune qui permet à chaque personne de grandir dans un environnement stable et sécurisant. Le dynamisme et la qualité de vie, voilà les deux piliers de l’attractivité vendéenne.

Toujours dans le domaine de la qualité de vie, la Vendée détient l’une des proportions les plus faibles de Rmistes, mais aussi de parents isolés…
Le Conseil Général a fait de l’action sociale une de ses toutes premières priorités. Mais attention : payer n’est pas aider. Si les investissements publics ne se doublent pas d’un accompagnement humain, personnalisé, cela s’apparente au tonneau des Danaïdes. Se contenter de signer un chèque à la fin du mois, c’est se résoudre à laisser vivoter nos contemporains, c’est hisser la misère jusqu’au seuil tout juste convenable de la pauvreté. Ce n’est pas ma conception de l’aide aux plus démunis. En Vendée, chaque bénéficiaire du RMI signe avec le Conseil Général un contrat personnalisé, suivant le principe du plan incliné : on avance pas à pas sur le chemin du retour à l’emploi, mais on avance. Il n’y a pas d’autre moyen de responsabiliser les gens, donc de leur rendre leur dignité. Et cela fonctionne : depuis le mois de mars, le nombre de bénéficiaires du RMI a baissé en Vendée de 5,3%. La masse d’argent dépensé n’est pas toujours, loin s’en faut, un critère pertinent pour juger de l’efficacité de l’action publique.

Votre département est actuellement au cœur du débat sur la charte du marais poitevin. Vous la refusez. Pourquoi ?
Le Marais poitevin, deuxième zone humide de France, doit reconquérir son label de parc naturel. Mais pas au détriment de sa propre survie, pas pour qu’il devienne une réserve naturelle laissée en jachère. Le Marais a été façonné, voici des siècles, de la main de l’homme. Celui-ci, par son travail, continue à l’aménager. La charte que Ségolène Royal veut imposer est une occasion manquée. En voulant faire du Parc un instrument de tutelle sur les communes, en opposant de manière artificielle la défense de l’environnement et les activités humaines, en ne tenant pas compte de l’avis des habitants du marais, Ségolène Royal a voulu instrumentaliser l’écologie à des fins politiques, et c’est dommage.

Vous venez d’engager la Vendée dans un vaste programme de développement des énergies nouvelles. Vous faites donc, vous aussi, de l’écologie ?
J’en fais, et même tous les jours, mais de manière pragmatique. La Vendée a trop souffert des pollueurs irresponsables, comme dans le cadre du naufrage de l’Erika dont le procès va bientôt s’ouvrir, pour ne pas être particulièrement sensibilisée aux problèmes d’environnement. Et les combats que nous avons menés avec les pêcheurs et leurs chaluts anti-marée noire, ceux qui nous ont porté aux côtés des apiculteurs dans leur lutte contre les pesticides, placent la Vendée aux avants postes du combat écologique. La Vendée se lance, effectivement, dans le défi des nouvelles énergies. Nous allons ainsi construire des maisons écologiques témoins, qui permettront aux Vendéens de découvrir, et de comparer, les différentes énergies renouvelables. Par ailleurs, chaque nouveau projet départemental intègre désormais une dimension environnementale : les prochains locaux de la direction des routes aux Sables-d’Olonne seront ainsi entièrement chauffés au bois. Enfin, et c’est un chantier immense qui s’ouvre, les agriculteurs doivent pouvoir miser sur le pétrole vert, qui permettrait de faire baisser le prix et la toxicité de leurs carburants.

La Vendée, deuxième département touristique de la façade atlantique, semble jouer à fond la carte du tourisme culturel. Est-ce de votre part une volonté stratégique ?
Les autoroutes ne servent à rien si elles débouchent sur des déserts culturels. C’est d’autant plus vrai qu’on assiste depuis quelques années à l’essor d’un mode de consommation touristique différent. Les estivants sont en effet de plus en plus nombreux à rechercher un tourisme de qualité. La Vendée a su anticiper sur ces nouveaux désirs en axant son offre sur deux axes essentiels : le tourisme culturel et le tourisme vert. La Vendée s’affirme ainsi comme l’une des destinations phares du tourisme culturel français en proposant des circuits culturels de qualité qui passent par les grands sites historiques vendéens comme l’Historial, La Chabotterie ou les abbayes du sud Vendée. Il ne s’agit pas pour nous de faire de notre patrimoine historique une réserve historique figée. Bien au contraire, nos sites, soigneusement rénovés, sont aujourd’hui des lieux culturels vivants qui, grâce au mariage réussi des nouvelles technologies et des scénographies de qualité, permettent à tous les publics de découvrir notre héritage de manière à la fois ludique et approfondie.

La Vendée est très présente dans le domaine de la coopération internationale. Quelles sont les modalités pratiques de cette action ?
La véritable générosité, c’est d’aider les pays en voie de développement à prendre eux-mêmes en mains leur avenir. C’est ce que nous faisons avec le Bénin, Madagascar et plus récemment l’Arménie, pays avec lequel nous avons des similitudes historiques troublantes. A chaque fois, nous importons notre savoir-faire, par exemple en matière de développement de l’artisanat, en formant les personnes localement en fonction de leurs besoins et de leurs attentes. Cela permet de créer des liens d’amitié durables qui sont les seuls vraiment efficaces. Je pense sincèrement que si chaque département français parrainait un pays africain, nous résoudrions une bonne part des difficultés de ce continent, dont les populations, attirées par le mirage de notre prospérité, finissent honteusement dans nos cités où ne règnent que le désespoir et la violence.

Il y a un instant, vous parliez du Puy du Fou. Terminons en par là puisque c’est sur cette colline que, pour vous, tout a commencé. En quoi le Puy du Fou est-il révélateur de la Vendée d’aujourd’hui ?
Il en est le révélateur pour au moins trois raisons. D’abord, comme quatrième parc à thème français avec son million de visiteurs annuels, il symbolise la réussite de la Vendée dans sa diversité, culturelle, économique et même technologique, puisque tous les jours nous inventons des procédés techniques qui sont copiés dans le monde entier. Ensuite, le Puy du Fou, qui ne reçoit pas un centime d’argent public, prouve par son système d’organisation fondée sur le bénévolat, que les grands succès, ceux qui durent, sont avant tout façonnés de pâte humaine. Enfin, le Puy du Fou cristallise le mystère vendéen. Celui d’un département broyé dès sa naissance et qui, pourtant, se fond dans l’unité française. Malgré la souffrance endurée, la Vendée a su pardonner. Il n’y a jamais eu en Vendée, comme en Bretagne ou en Corse, de phénomène d’autonomisme. Mieux, la Vendée qui s’est battue pour sa liberté contre le totalitarisme, cette Vendée-là est la même que la Vendée du Vendée Globe, des leaders mondiaux comme Beneteau, des Vendéens qui, tous les jours, travaillent, innovent, entreprennent. Nous avons bâti nos succès sur la méditation de notre passé, sans nous refermer sur lui mais en en tirant la force qui nous projette en avant. Nous montrons que l’allée qui part de la maison est le seul chemin qui mène vraiment au monde.
par mpf48sympathisant publié dans : mpf48sympathisant
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