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Pour Ségolène Royal, c’est « l’ordre juste », pour Nicolas Sarkozy « la rupture tranquille ». « On pourrait difficilement imaginer de plus beaux slogans porteurs de rêves », souligne Jean-Pierre Robin, chroniqueur économique au Figaro (13.12). « D'un côté l'idéal et l'utopie où tout est luxe, calme et volupté, de l'autre l'action et le mouvement, promesses de lendemains qui chantent. » Mais, dans les deux cas, il s’agit « d'un « oxymoron » comme aiment à dire les Américains, une association de deux mots contradictoires ». Ce n’est pas en soi une nouveauté : en 1974, Giscard préconisait le « changement dans la continuité » ; en 1981, Mitterrand avait, lui, choisi d’incarner « la force tranquille »…
Pour Jean-Pierre Robin, il est cependant « significatif que Sarkozy et Royal [aient] tous deux trouvé opportun d'ajouter des adjectifs supplémentaires à leurs slogans respectifs, comme s'ils voulaient en édulcorer le sens initial ». On se souvient en effet qu’avant de lui adjoindre le qualificatif de « tranquille » (le 30 novembre dernier) Nicolas Sarkozy se faisait l’apôtre de la « rupture » tout court. Jusqu’à ce que ses conseillers l’alertent : son image était associée à la dureté, à l’impatience, à la crispation. De quoi lui faire perdre le second tour…
« Le poids des mots est incontestable, estime Jean-Pierre Robin. Mais le choc des idées est-il vraiment à l'ordre du jour ? Pas si sûr. » A ses yeux, ces querelles de mots sont « révélatrices d'un malaise plus profond de nos débats politiques et économiques. Nous adorons les formules chocs, mais en réalité nous avons peur de ce qu'elles sont censées exprimer. Sous prétexte qu'il faut se méfier des idéologies, nous avons tendance à évacuer tout débat d'idées sérieux. Le risque alors est de jeter le bébé avec l'eau du bain. Or ce sont « les idées qui mènent le monde », comme l'affirmaient, il y a soixante ans, John Maynard Keynes et Friedrich Hayek, deux grands esprits que tout séparait par ailleurs. Le premier a été le grand penseur de l'intervention de l'État dans la société, le second reste l'inspirateur intellectuel, bien avant Milton Friedman, de toute l'école libérale moderne. Cette attitude méprisante vis-à-vis des idées est l'une des caractéristiques de la vie politique française. Le nec plus ultra pour un dirigeant n'est-il pas de se présenter comme un «pragmatique» ? »
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