Session extraordinaire d’«Euromed», Rabat, 20- 22 novembre 2005
5 décembre 2005
Ouverture, ce matin, dans le vaste édifice du parlement marocain, de la session extraordinaire d’«Euromed» – assemblée parlementaire qui réunit deux fois l’an, à parité, des membres du Parlement européen et des députés des pays méditerranéens. En arrivant, chaque participant se voit remettre un dossier comprenant en particulier un «transport guide», une liste des «Guest speakers», une autre des «participants from the mediterranéan partners «, ainsi qu’un beau stylo bleu sur lequel est inscrit: «Kingdom of Morocco parliament - the House of representatives». Devant un officiel marocain rencontré au buffet, je m’étonne de ce tout anglais –qui serait plutôt un «tout américain»: il s’en indigne tout comme moi, me faisant remarquer que les documents marocains distribués à cette occasion sont, eux, en trois langues : arabe, français, anglais.
Consolation qui ne m'étonne guère, le Maroc affichant sans complexe son appartenance à la francophonie, mouvement dont il est d'ailleurs l'un des fondateurs. Las ! Je ne suis pas au bout de mes peines : tandis que commence la réunion de la commission des Affaires économiques, dont je suis membre, les huissiers distribuent des projets d'amendements au texte en discussion uniquement rédigés en anglo-américain. La chose déplaît à ma voisine, député italienne et surtout à bon nombre de représentants de pays arabes qui paraissent n'y comprendre goutte. Selon le règlement de l'assemblée (Titre V, art. 138) "tous les documents sont rédigés dans les langues officielles". A tout le moins pourrait-on s'attendre à ce qu'ils soient distribués dans des langues les plus parlées autour de la Méditerranée sauf à considérer que tous les membres aient été choisis non par l'élection mais par un examen d'anglais à Rabat, à Tunis ou en France. Je demande donc la suspension des travaux jusqu'à ce que la version anglaise soit traduite. Approbation de plusieurs députés arabes, qui pour autant n'osent intervenir, ce que fait hélas une de mes collègues belge-francophone qui juge ma demande « disproportionnée ». Le Président de séance lui donne raison et le débat s'engage, que j'interromps en annonçant que dans ces conditions je quitte la salle. Un seul de mes collègues JCM me suit, aussi indigné que moi, mais aucun des autres parlementaires français ne bronche...
Affaire emblématique ! Pour les Marocains, la langue diplomatique naturelle est le français, langue parlée dans tous les couloirs bien devant que l'anglo-américain. Rappelons d'ailleurs que l'actuel Roi du Maroc, quand il était Prince héritier, n'hésita pas à donner une leçon de francophonie Coram Populo après une intervention en anglais du Commandant Cousteau devant le Sommet de la terre à Rio en 1992...
Comment comprendre cette américanisation à marche forcée importée par le Parlement européen - mais aussi apparemment par une Commission de Bruxelles qui utilise à tout-va l'anglo-américain à l'enseigne de la coopération euroméditerranéenne ? Le pire est que le choix du tout-américain paraît délibéré comme me l'a prouvé le lendemain en séance plénière le refus obstiné du Président du Parlement européen, M. Borell, de me donner la parole pour un rappel au règlement, qui est pourtant de droit, au terme dudit règlement qui, en somme, aura été dans l'affaire violé deux fois. Exemple supplémentaire de l'incroyable partialité d'un Président d'assemblée qui avait ouvertement milité pour le "oui" en France et qui ne décolère pas contre les partisans du "non" victorieux. Se rend-on compte que, en reléguant systématiquement le français à un rôle très secondaire comme le fait désormais toute la machine européenne, non seulement on sape la francophonie en son coeur même, mais encore on vide ladite coopération méditerranéenne d'une grande partie du sens que lui donnait justement le français, lequel reste selon le mot de Boutros Ghali une langue non alignée ?
Tout à ses soucis droitdelhommesques, M. Douste-Blazy trouvera peut-être quelques minutes pour se pencher sur la question.
Paul-Marie Coûteaux, député MPF au parlement européen
Ind/Dem MEP
(Sources: Groupe parlementaire ID : http://www.europarl.eu.int/inddem/inddem_fr/dernieres%20nouvelles/fr051205.htm )
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