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Vendredi 6 octobre 2006

Valeurs Actuelles n° 3645 paru le 6 Octobre 2006

par Gérard Gachet
Eric Branca et Arnaud Folch dressent le portrait d’une personnalité bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Extraits.

Cet homme est une énigme. Brocardé et raillé sous les traits d’un aristo passéiste, il a fait de la Vendée, qu’il dirige depuis une vingtaine d’années, une terre de modernité et de technologies de pointe ; créateur en 1978 de la Cinéscénie du Puy-du-Fou, il l’a imposée, avec un million de spectateurs chaque année, comme le spectacle le plus populaire de France, sans que cette popularité ne rejaillisse vraiment sur lui-même ; dans la vie politique nationale, même s’il occupe une place non négligeable, Philippe de Villiers n’est pas réellement sorti de la marginalité, alors que tous lui reconnaissent, à l’instar d’Alain Duhamel qui pourtant ne l’aime guère, « une profonde cohérence, un perpétuel engagement, du courage et du talent » (les Prétendants 2007). Ses plus grands succès politiques se situent d’ailleurs dans les débats d’idées, en particulier sur l’Europe : référendum de 1992 sur le traité de Maastricht, où le “non” manque de l’emporter ; élections européennes de 1994 et surtout de 1999, où, allié à Charles Pasqua, il devance la liste de la droite classique ; sans oublier le référendum de l’an dernier sur la Constitution européenne, où il est le leader incontesté du “non de droite”. En revanche, dès que le scrutin se joue davantage sur la personne, Philippe de Villiers connaît, sauf dans sa chère Vendée, déboires et échecs : un décevant 4,7 % à la présidentielle de 1995, et même une absence de candidature en 2002. Le maléfice sera-t-il rompu l’an prochain ? Rien n’est assuré, car l’énigme demeure. Ayant d’abord choisi la lutte contre « l’islamisation de la France » comme thème central de campagne, Villiers en a fait un très beau succès de librairie (les Mosquées de Roissy) avec près de 40 000 exemplaires vendus, mais ne décolle pas pour autant dans les sondages. D’où son choix récent d’un autre thème, la défense du monde rural et le rééquilibrage entre villes et campagnes, où sa légitimité semble plus évidente. Attachant et irritant à la fois, Philippe de Villiers est en tout cas un personnage beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et que ses adversaires ne le dépeignent. Et ce n’est pas le moindre mérite de la volumineuse biographie que lui consacrent Éric Branca et Arnaud Folch – deux signatures bien connues des lecteurs de Valeurs Actuelles – que de nous donner de lui un portrait aussi exhaustif que nuancé, dont nous publions ici quelques extraits. Un livre aussi bien renseigné que bien écrit, qui fourmille d’anecdotes peu ou pas connues, tragiques ou hilarantes, mais également d’analyses pointues. Un ouvrage indispensable pour mieux connaître un homme qui, à 57 ans, est sans doute loin d’avoir tourné toutes les pages de sa vie politique.

Première rupture.
Philippe de Villiers, qui a lancé le spectacle du Puy-du-Fou, cinq ans auparavant, est sous-préfet à Vendôme quand survient, en 1981, l’élection de François Mitterrand.
Le soir même du 10 mai, le Vendéen rédige à l’attention de Pierre Verbrugghe (alors directeur des personnels du ministère de l’Intérieur, NDLR) sa lettre de démission. « Je ne resterai pas solidaire, écrit-il, d’un pouvoir qui, s’il a la légitimité des urnes, ne peut que trahir sa mission en dressant les Français les uns contre les autres. » Puis il va se coucher en pensant qu’au même moment, des dizaines de préfets auront la même réaction que lui. Mais le 11 mai au matin, il découvre qu’il est le seul…
Ivre de rage, Verbrugghe l’appelle :
– Je refuse votre démission ! Et ensuite, pour qui vous prenez-vous ? Votre devoir, c’est de servir l’État ! Pas de faire de la politique…
– Vous ne m’avez pas compris, monsieur. C’est parce que je ne veux pas faire de politique au sens où l’entend M. Mitterrand que je m’en vais !
– Attendez au moins qu’on vous trouve un remplaçant. Après, on vous mettra en disponibilité le temps que vous recouvriez vos esprits…
Villiers attendra deux mois, pas un jour de plus. Le 11 juillet, il y a 1 500 personnes dans les jardins de la sous-préfecture pour les adieux du Vendéen. Nommée quelques jours plus tôt préfet du Loir-et-Cher, Yvette Chassagne, mitterrandiste de choc et future présidente de l’UAP, assiste poliment à la cérémonie, entourée de tout ce que le département compte d’élus et de corps constitués…
– Si j’ai choisi de devenir sous-préfet, lance Villiers au micro, c’est pour contribuer au bien commun. De Vendôme, et de vous tous, je garderai sans doute l’un des meilleurs souvenirs de ma vie. Mais j’estime aujourd’hui que la poursuite de ma mission, au service de la politique arrêtée par ce gouvernement, est incompatible avec mon maintien en fonction…
Non loin de Villiers, Yvette Chassagne se renfrogne de minute en minute. Elle se fige pour de bon quand arrive la péroraison :
– Mû par la haine, ce régime s’écroulera tôt ou tard dans la haine. La France, disait Victor Hugo, n’est pas faite pour porter la haine mais pour porter l’amour. Je ne peux rester, une minute de plus, solidaire d’un pouvoir d’État qui finira dans la faillite, les scandales et, qui sait ? dans le sang…
Hasard d’une éloquence débridée ou fulgurance prophétique ? À ces mots, la moitié de l’assistance applaudit, cependant que l’autre tourne les talons. Les scandales et le sang. Le “scandale du sang”. Il est des associations mystérieuses qui ne prennent leur sens que longtemps après.

Le pot de terre contre le pot de vin.
En 1990, Philippe de Villiers monte au créneau pour dénoncer la corruption politique. Les choses sérieuses commencent… Il rencontre secrètement Antoine Gaudino, un policier de la Brigade financière “muté” après avoir découvert le scandale Urba impliquant le PS.
Urba, c’est le nom d’une lessiveuse qui ne blanchirait que de l’argent sale… Reste à organiser la traque et à poser les pièges. Du renfort ne serait pas superflu. Il surgit en la personne de Jean Montaldo, mixte de Rouletabille et d’Arsène Lupin. En décryptant minutieusement les cahiers Delcroix, il a transcrit sur ordinateur des milliers d’informations classées par thème, par nom et par date.
Villiers, Gaudino, Montaldo : l’énarque, le flic et le journaliste. Ce trio d’incorruptibles devient vite inséparable. Entre eux, le pacte est scellé le 23 octobre, à l’occasion d’un discret déjeuner, dans un salon du restaurant La Cagouille, à Montparnasse… l’une des cantines favorites de François Mitterrand.
À l’UDF, ses soutiens s’appellent Daniel Colin, Jean-Yves Haby, Alain Griotteray, Ladislas Poniatowski, Paul Cholet, les deux Vendéens Jean-Luc Préel et Philippe Mestre, la centriste Christine Boutin, et bien sûr François d’Aubert, qui, depuis qu’il piste les investissements de la Cosa Nostra en France, est en passe de devenir le spécialiste antimafia du Parlement. Au RPR, Villiers est épaulé par Louis de Broissia, Nicole Catala, Franck Borotra, Bernard et Jean-Louis Debré. Chaque mercredi, lors de la séance des questions d’actualité, Villiers et ses amis pilonnent les positions du garde des Sceaux, Henri Nallet. L’opération a un nom de code – “Urba et orbi” – qui est à lui seul un programme…
Mais à l’approche des fêtes de Noël de 1990, Villiers déchante. Il avait imaginé servir d’avant-garde à une grande offensive anti-Mitterrand. Il se retrouve dans la situation du lieutenant de Caporetto, qui, après avoir donné le signal de l’assaut, découvre en se retournant qu’il est tout seul à être sorti de la tranchée… Et dans le collimateur de ses chefs autant que dans le viseur de ses ennemis. Depuis qu’il a mis la main sur les cahiers Delcroix, il a été l’objet d’innombrables pressions, bienveillantes ou inamicales, sournoises ou explicites… Même en Vendée, le climat s’alourdit. Un soir, un inconnu dûment mandaté – suffisamment en tout cas pour que Villiers accepte de le recevoir – lui rend une visite à domicile qui, au fil des minutes, prend toutes les apparences d’une visite domiciliaire.
Quelques jours plus tard, Villiers se décide à téléphoner à Alain Marsaud. Des voitures suspectes l’ont suivi jusqu’aux abords de sa maison. Intimidation ? Marsaud lui conseille aussitôt de demander une protection policière. « On pourra d’autant moins te la refuser, explique-t-il, que même au ministère de l’Intérieur, des gens bien placés commencent à s’inquiéter pour toi… »

Le divorce avec Pasqua.
Forte de 13 % des voix aux européennes de 1999, la liste Pasqua-Villiers devance celle de Sarkozy-Madelin (12,8 %). Les deux hommes fondent le Rassemblement du peuple français (RPF). Mais leur relation se dégrade rapidement.
Dans les premiers jours de l’année 2000, les deux hommes ne font plus que se croiser. Mais un lundi matin, Pasqua entre tout de go dans le bureau du Vendéen :
– Dis donc, Philippe, ça ne te dirait pas qu’on parle tranquillement ? Je t’emmène à la roseraie de Bagatelle !
– La Roseraie, au mois de janvier ?
L’escapade n’a rien d’improvisée. Le chauffeur de Pasqua, qui attend en bas, a laissé tourner le moteur. Et quand, cinq minutes plus tard, la Safrane arrive devant l’entrée du parc, un gardien emmitouflé bat la semelle pour ouvrir au président du conseil général des Hauts-de-Seine, manifestement attendu… La grille se referme dans un long grincement, et voici Pasqua et Villiers, le visage cinglé par la bise glacée, déambulant seuls au milieu des massifs orphelins de leurs roses.
Au bout d’une dizaine de mètres, arpentés en silence, Pasqua se tourne vers Villiers :
– J’aime la nature quand elle est blanche, comme ça. Pas toi ?
Le Vendéen répond par un simple hochement de tête. Pasqua se racle la gorge, puis continue :
– Tiens, regarde, Philippe, là, sur cette branche : c’est un chardonneret. J’aime ces oiseaux. Quand j’étais petit, en Corse, avec mon père, il m’avait appris à reconnaître tous les oiseaux. Tu les aimes, toi, les oiseaux ?
Nouveau hochement de tête.
– Et la nature ? Est-ce que tu aimes la nature ?
Villiers ne répond toujours pas.
Voilà plus d’une demi-heure que la “discussion” a commencé. Les deux hommes sont congelés. C’est au tour de Villiers de se tourner vers Pasqua :
– Tu sais, Charles, je suis peut-être un ventre-à-choux mais je comprends vite. Ce n’est pas la peine de me jouer du violon avec le givre et les petits oiseaux. Qu’est-ce que tu as à me dire ?
Le visage rougi par le froid, le Corse s’arrête brutalement de marcher :
– Tu veux que je te parle franchement, alors je vais le faire. On n’a plus un sou. Pourquoi tu ne revends pas le siège du MPF ? Tu n’en as plus besoin et ça pourrait combler notre trou…
– Nous y voilà, répond Villiers. La réponse est non. C’est tout ce qui nous reste. Et je n’ai pas confiance.
– Comment ça : pas confiance ?
– Tu m’as couillonné avec tes statuts, tu m’as couillonné avec ta ligne “ni droite-ni gauche”, tu m’as couillonné depuis le début ! (…) Entre nous, ça a bien fonctionné pendant les européennes, mais depuis, c’est fini. Je veux bien qu’on reparle de la vente de notre siège, mais seulement le jour où la confiance sera revenue. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.
Pasqua fait mine de ne pas comprendre et coupe court à la discussion :
– Il commence à faire froid, non ? Allez, on rentre…
Au moment de se quitter, Pasqua et Villiers ne se serrent pas la main. Cette fois, c’est la guerre.

Trente signatures pour Le Pen
Faute de moyens, Villiers doit renoncer à se présenter à la présidentielle de 2002. Le président du FN, lui, peine à trouver ses signatures...Le vieux corsaire ne supporte pas la tentative d’OPA sur ses troupes lancées par le jeune pirate. Celui-ci l’a pourtant aidé, en 1995, à obtenir ses cinq cents signatures. C’est sur un épisode caché de la “guerre des signatures” de 2002 que Villiers lève le voile :
– Avez-vous eu, lui avons-nous demandé, des contacts secrets avec Jean-Marie Le Pen lors de la dernière présidentielle ?
– Oui. Le Pen a pris contact avec mon entourage pour ses signatures.
– Qu’avez-vous fait ?
– J’ai fait savoir aux maires MPF que la démocratie, pour moi, devait permettre à chacun de voter selon sa conscience et qu’il était antidémocratique de barrer la route à Le Pen, qui avait réalisé 15 % en 1995.
– Comment a réagi Le Pen ?
– Il l’a su, mais il ne m’a jamais remercié. Je ne l’attendais pas, d’ailleurs.

Jean-Pierre Montaigne et Philippe La Boëtie.
Début 2002, Jean-Pierre Chevènement, alors “troisième homme” de la présidentielle, contacte Villiers via le député européen Paul-Marie Coûteaux. Le dîner – au cours duquel Chevènement s’engage à ne jamais appeler à voter Jospin – a lieu le 15 janvier chez le général Gallois, gaulliste historique rallié à Chevènement.
Au moment de se séparer, “Jean-Pierre” et “Philippe” décident d’échanger leurs coordonnées. Chevènement demande de quoi écrire au général Gallois, mais, à l’instant de noter son numéro de téléphone, s’arrête subitement :
– C’est ennuyeux, dit-il un peu gêné. Il y a des écoutes, et il ne faut surtout pas que les gens sachent que nous sommes en contact. Même mon chauffeur doit l’ignorer.
– Moi, je m’en fiche. Enfin, mettons que cela vous pose problème… Que proposez-vous ?
– Eh bien, nous allons prendre des noms de code. Vous serez Montaigne et moi La Boëtie.
Un temps, puis il se reprend :
– Attendez, on va changer. Montaigne, c’est le plus connu. Alors Montaigne, c’est moi. Et La Boëtie, c’est vous. (…)
Sur le pas de la porte, “l’homme de la Nation” se tourne une dernière fois vers le Vendéen : « Alors, c’est bien d’accord ? Vous êtes La Boëtie ? Allez, au revoir La Boëtie. Et n’oubliez pas : appelez-moi Montaigne ! »
Du Feydeau…
Quarante-huit heures passent. Le jeudi 17 janvier, Villiers, rentré la veille au soir en Vendée, débarque aux aurores dans son bureau du conseil général (où l’attend un message lui demandant de rappeler “Montaigne” NDLR) :
– Allô, Michel Montaigne ? fait Villiers.
– C’est lui-même, répond “Le Che”.
– Ici La Boëtie.
– Ah ! merci de me rappeler.
– Écoutez, Montaigne, nous pouvons peut-être parler normalement…
– Surtout pas, M. de La Boëtie.
Non seulement l’ancien ministre de l’Intérieur, obnubilé par les écoutes, ne veut pas que leurs deux noms soient prononcés, mais il continue à filer la métaphore :
– L’affaire de notre livre prend mauvaise tournure !
– Vous voulez dire qu’il y a eu des fuites ? insiste Villiers (…). L’imprimeur a parlé ?
– Cela n’a rien de drôle, La Boëtie. Dans mon Salon littéraire, on jase…
Une semaine plus tard, coup de téléphone de Chevènement, faisant suite à la parution d’un bon sondage :
– Allô, La Boëtie ? Ici, Montaigne. Vous avez lu les gazettes ?
– Et comment ! On peut dire que vous êtes en cour.
– Oui, mon livre se vend bien. C’est le moment de procéder à un retirage. Je vais avoir besoin de vous.
– Vous connaissez la réputation de ma maison…
– Dès que j’ai les épreuves, je vous rappelle.
« En réalité, commente Villiers, le cinéma de Chevènement commençait à me lasser. Je ne comprenais pas où il voulait en venir. Et lui-même, en fait, ne le savait pas non plus. Une chose est sûre : pour lui, l’eau du Rubicon devenait de plus en plus froide. ».

La colère de Chirac.
Le 13 janvier 2005, Chirac reçoit successivement les chefs de partis, dont Villiers, dans le cadre de la campagne du référendum sur la Constitution européenne.
Après l’entretien baroque du 29 octobre 2003, c’est le second tête-à-tête du Vendéen avec le président en seize mois. Contrairement au premier, qu’il a longuement rapporté (dans son livre les Turqueries du Grand Mamamouchi, NDLR) celui-ci n’a jamais été relaté.
« Une fois évacuée la question du financement, Chirac, raconte Villiers, refusait absolument qu’on parle du contenu du texte. Moi, je voulais me le payer les yeux dans les yeux. » Les deux hommes sont assis face à face. Le président sur un canapé, le Vendéen sur un fauteuil. Il se lance :
– Comment l’héritier de la Ve République que vous êtes en est-il arrivé à vouloir la placer sous curatelle ?
Chirac, qui ne tutoie plus Villiers depuis leur dernière rencontre, s’énerve :
– Mais comment pouvez-vous dire cela ? Faire l’Europe, ce n’est pas défaire la France…
– Et l’article 6 de la Constitution ?
– Mais c’est une histoire de juriste, ça !
– Une histoire de juriste, la supériorité juridique des lois européennes ?
– Il n’y a pas ça dans la Constitution française.
– Je vous parle de la Constitution européenne, Monsieur le Président. Celle qui va s’imposer, justement, à celle de 1958.
– Mais non, dans la Constitution européenne, non plus, ça n’existe pas !
– Si, c’est ce que dit l’article 6. Voulez-vous que je le sorte ?
Le visage de Chirac s’empourpre. Ses genoux s’agitent. Il hausse le ton :
– Ah ! Parce que c’est là-dessus que vous allez faire campagne ? Eh bien, je vous souhaite bien du courage. Il n’y a pas un juriste en France, vous m’entendez bien, pas un juriste, qui va vous croire !

Le secret du Puy-du-Fou.
Une entreprise culturelle peut-elle vivre sans subventions tout en finançant l’innovation ? C’est le pari gagné par le Grand parc, né du succès du Puy du Fou.
À l’heure des bilans, tandis que le Mickey de Disneyland Paris garde ses oreilles désespérément en berne et que le Futuroscope de Poitiers ne cesse d’absorber toujours plus de subventions pour éviter la faillite, Villiers, la mitrailleuse à formules, se plaît aussi à cracher les chiffres : avec 29,8 millions d’euros de chiffre d’affaires pour un profit de 2,5 millions nets après impôt, le Grand Parc du Puy-du-Fou est devenu (Cinéscénie comprise), le quatrième parc à thème français, le deuxième si l’on ne compare que les fréquentations estivales.
Depuis l’origine, 15 millions de personnes ont assisté au spectacle du Puy-du-Fou (400 000 spectateurs en 2006) ou visité le Grand Parc (900 000 visiteurs). Les spécialistes du tourisme sont formels : chaque tranche de 10 000 entrées induit en moyenne cinq emplois nouveaux, trois directs et deux indirects, liés notamment aux brevets déposés… Pour la seule année 2006, 850 emplois directs auront ainsi été créés dans la région, du seul fait des investissements du Grand Parc, qui fait vivre 70 salariés permanents et 900 saisonniers.
De cette réussite, reconnue par ses adversaires et citée en exemple par ses concurrents, Villiers tire deux leçons.
La première est qu’une aventure humaine et culturelle peut aussi déboucher sur un succès économique. Il y a en France des lieux culturels où n’existe pas un centime d’argent privé. Au Puy-du-Fou, c’est l’argent public qui est inconnu. Tout est autofinancé : les excédents engendrés par la Cinéscénie, grâce au bénévolat, ont permis la création du Grand Parc, lui-même bénéficiaire au bout de dix ans. En même temps, l’Association du Puy-du-Fou, qui gère le spectacle, détient la société anonyme du Grand Parc qui ne fait appel à elle que pour son capital.
La seconde leçon est que le premier de tous les savoirs n’est autre que la passion. « Je n’ai pas appris grand-chose à l’Ena, dit Villiers. J’ai tout appris au Puy-du-Fou. Nous avons apporté la preuve que les polytechniciens, quelles que soient leurs grandes qualités, peuvent être surpassés par les autodidactes… Le Puy-du-Fou dément tous les jours le dogme des grands prêtres de l’économie d’échelle qui prétendent que seule une grande puissance peut innover. Nous ne sommes pas une machine à inventer. Nous sommes une communauté humaine qui rend l’invention naturelle… »

Le Mystère Villiers, d’Éric Branca et Arnaud Folch, Le Rocher, 470 pages, 21 e..

( Sources: Valeurs actuelles )
par mpf48sympathisant publié dans : mpf48sympathisant
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