Article du journal "LIBERATION"
du 27.06.2008
CHRISTOPHE FORCARI
QUOTIDIEN : vendredi 27 juin 2008
Le non irlandais au traité de Lisbonne fait sortir Philippe de Villiers de son bocage vendéen. «Il a voulu d’abord assurer sa position dans
son fief» , assure un de ses proches. Retenu justement dans son département par une session du conseil général et par les préparatifs du 30e anniversaire du
Puy-du-Fou, Villiers s’était contenté de saluer le résultat du référendum par un simple communiqué.
A la fin de la semaine prochaine, il doit se rendre en Irlande pour y rencontrer les responsables des formations politiques hostiles au
minitraité. «Notre vision de l’Europe n’est pas isolée mais plutôt bien répandue dans tous les pays», veut croire Patrick Louis, député européen et secrétaire général du Mouvement pour
la France (MPF). Silencieux depuis sa contre-performance à l’élection présidentielle (2,23 % des voix), le président du MPF réentonne sa petite musique antieuropéenne à l’occasion de la
présidence française de l’Union. Il doit d’ailleurs s’exprimer ce week-end dans la presse. Mais sa véritable rentrée politique se fera fin septembre lors de l’université d’été de son
parti.
Elle devrait aussi marquer le lancement de sa campagne pour les élections européennes de 2009 où le MPF espère bien se refaire une santé.
«Tout est changé depuis le vote des Irlandais. Le grand débat sur l’Europe est rouvert alors que les différents gouvernements avaient fermé le cercueil et apposé les scellés», se réjouit
Villiers. «Nous avons un boulevard devant nous» , renchérit Patrick Louis.
Le MPF espère bien, lors de ces européennes, refaire le coup du référendum de 2005 sur la constitution où Philippe de Villiers s’était attribué
la victoire du non. Le MPF compte présenter des candidats dans l’ensemble des grandes circonscriptions électorales. Tout en sachant que ce scrutin sera plus difficile que le précédent. La
diminution des sièges octroyés à la France au sein du Parlement de Strasbourg rend les places plus chères. «Pour enlever un siège, il faudra au moins dépasser la barre des 8 %»,
estime Paul-Marie Coûteaux, député européen villiériste. Une difficulté encore accrue par la concurrence des autres formations souverainistes comme le Front national ou Debout la République, le
petit cercle du député (non-inscrit) de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignant, avec lequel le MPF souhaiterait entamer des négociations pour éviter le bouillon.
par mpf48sympathisant
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A quoi bon invoquer la démocratie si on croit que les électeurs ne voient pas ce qui crève les yeux ? Ce qui est en
train de vider de son contenu la construction européenne, traité de Lisbonne ou pas, n'est pas un déficit de démocratie. Le problème inquiétant est que, lorsqu'on la met en pratique, on ne sait
plus à quoi sert la démocratie. L'interprétation qui fut donnée il y a trois ans par tous les gouvernements européens - mais aussi par la grande majorité des médias - des référendums français et
néerlandais qui enterrèrent le projet de Constitution en est la parfaite (et triste) illustration. La même cécité mentale est en train de se reproduire à propos de celui qui vient d'avoir lieu en
Irlande.
LA CHRONIQUE DE PAUL FABRA (Les Echos, 20 juin 2008)
Le point commun des commentaires tant officiels que médiatiques est de se cantonner dans une analyse sociologique des votes. Cela conduit, sous prétexte d'objectivité, à introduire subrepticement
une hiérarchie entre les électeurs. Exemple caricatural de cette dérive, les « nonistes » de tout poil étaient récemment présentés dans un grand journal du matin comme « l'addition
des mécontents, aux motivations disparates et contradictoires ». Dans la même veine, on découvrirait (peut-être) que, parmi ceux qui font appel systématiquement au recours d'un psy, le vote
négatif est plus fréquent que le vote positif. Quel qu'en soit par ailleurs l'intérêt, ces différentes grilles de lecture n'ont absolument rien à voir avec la nature du problème posé.
En participant à une consultation électorale, quelle qu'elle soit, les citoyens accomplissent un acte politique. La conscience politique est indépendante du niveau des connaissances et du
positionnement dans la société. Jusqu'à une époque récente, elle était en France plus développée à gauche qu'à droite, dans le peuple que dans la bourgeoisie bien-pensante. L'exercice de la
démocratie repose tout entier sur cette hypothèse : toute élection revenant à poser une question politique (comment conduire les affaires de la cité ?), il est supposé que l'électeur
lui donnera une réponse politique. Feindre de confondre son jugement avec ses états d'âme est un déni de politique.
Le traité de Lisbonne est calqué sur feu le projet de Constitution. Où s'exercera la démocratie en Europe ? Le texte répond : partout ! Mais il se contredit. Quelques semaines
avant sa mort, Raymond Barre déclarait en substance : au mieux, l'Europe formera une confédération d'Etats. Et si les peuples, quand l'occasion leur est donnée de s'exprimer sur le sujet,
avaient déjà tranché dans ce sens ? Certains diront que les peuples sont en retard. Où sont les combattants d'arrière-garde ?
"Tout ce qui s'est fait de grand et de moins grands au sein de l'UE l'a été par consentement mutuel"
En quoi a consisté la relance du processus européen que Nicolas Sarkozy s'est attribuée, mais qui doit beaucoup à la diplomatie d'Angela Merkel ? Le « rapport d'information »
présenté le 8 janvier de cette année à l'Assemblée nationale par le député UMP Pierre Lequiller en décrit bien l'esprit (pour mieux l'approuver). Le président de la délégation de l'Assemblée
nationale pour l'Union européenne part de l'idée que, dans son état actuel (codifié par le traité de Nice du 11 décembre 2000), le système de décision est affecté d'une « excessive
rigidité ». Comme il se doit à ce propos, le rapporteur dénonce à son tour ce qu'il appelle « l'exigence d'un très haut degré de consensus », laquelle, selon lui, « freine
indéniablement l'Union et affadit ses actions au moment même où le besoin d'Europe devient criant et appelle des choix ambitieux et efficaces. Il n'est ainsi pas possible aujourd'hui d'avancer
substantiellement vers une gestion commune de l'immigration dans un système qui fait tant de place à l'obstruction des moins volontaires ». Allusion à la part supposée trop grande accordée
au principe de l'unanimité.
Pas besoin d'être du camp des souverainistes, ces rêveurs, pour mettre en doute l'alpha et l'oméga de la doctrine à dominante fédéraliste : par définition, toute extension du domaine où les
décisions sont prises à la majorité qualifiée est une « avancée » dont on doit se réjouir. Outre le fait que l'électeur de base est ainsi appelé à se réjouir du recul de sa capacité
d'influence (selon les cas, supprimée ou diluée), l'argument est entaché de contradictions. D'abord, tout ce qui s'est fait de grand et de moins grand au sein de l'UE l'a été par consentement
mutuel. Le traité de Lisbonne le reconnaît à sa manière : le Conseil européen (chefs d'Etat et de gouvernement), l'organe d'impulsion, continuera à fonctionner sur la base du consensus.
Ensuite, les pays qui risqueraient d'être mis en minorité sur les questions d'importance (l'immigration par exemple) ont déjà obtenu la clause d'« opting out ». Ils (Royaume-Uni,
Danemark, etc.) ont obtenu une dérogation.
Dérisoire, mais dangereuse, apparaît la démarche qui a conduit (entre autres) Nicolas Sakozy à proposer un traité qu'il est le seul à qualifier de « simplifié ». Il a repris sans
modifications (sauf, le cas échéant, pour les renforcer) les « remèdes efficaces et ambitieux » qui figuraient dans le projet de Constitution, en les présentant sous un autre nom de
consonance moins constitutionnelle (le ministre des Affaires étrangères de l'Union est appelé « haut représentant »...). Le coup de force a consisté à supposer comme allant de soi que
« les motifs de refus n'ont pas porté sur les institutions à proprement parler » (rapport Lequiller). Mais le coeur du projet de Constitution, c'était précisément des institutions
centrales beaucoup plus puissantes, mais pas forcément plus ordonnées. L'Union sera pourvue non pas d'un mais de deux présidents : celui du Conseil européen et celui de la Commission). Le
Parlement et la Commission seront installés en même temps pour cinq ans. Ils formeront un bloc de caractère fédéral, par construction en concurrence avec les autorités nationales. Tout cela se
retrouve tel quel dans le traité de Lisbonne soumis à ratification.
Il est écrit dans le rapport déjà cité que « le Parlement européen devienne pleinement colégislateur n'a guère fait couler d'encre. Au fond l'architecture institutionnelle est, avec la
Charte des droits fondamentaux, la partie de la Constitution qui a le moins fait l'objet de critiques et, par conséquent, de rejet [par le référendum de mai 2005] ». Seulement voilà, les
électeurs lambda s'expriment non pas avec de l'encre, mais avec un bulletin déposé dans l'urne. Sur un point, ils ont pu être abusés : sur la charte. Les dispositions sur le « droit au
mariage » sont dictées par le lobby homosexuel (gageons qu'il ne représente pas la majorité de cette minorité sexuelle). Il y est aussi question du « droit des enfants ». Quel
recul de la civilisation. Depuis l'Antiquité, il était admis que les relations de parenté étaient régies non pas par le droit mais par l'amour.
Paul FABRA
Source : Les Echos, 20
juin 2008
par mpf48sympathisant
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25 % de la population irlandaise est encore indécise quant à l'issue de son vote et la pression des élites sur le peuple irlandais est de plus en plus forte. Les gouvernants
s'arrangent même discrètement avec Bruxelles afin que les projets qui pourraient dissuader les irlandais de voter « oui » ne soient pas divulgués avant le jour du referendum : directive
santé, projet d'harmonisation fiscale (alors que l'Irlande a la taxe sur les sociétés la plus basse d'Europe), livre blanc de la France sur la défense européenne etc. Le député
européen Patrick Louis, nouveau secrétaire général du Mouvement Pour la France de Philippe de Villiers, a donc mis les bouchées doubles afin d'adresser aux Irlandais "de la
part du premier peuple qui a dit "non", un encouragement fort et fraternel". Ainsi, le 28 mai, Patrick Louis tenait à Paris une conférence de presse en
compagnie de ses collègues députés Dominique Souchet et Paul-Marie Coûteaux, et aux côtés de l'une des leader du "non" irlandais, Mme Susan Philips, porte-parole de
EU Reform, mouvement pour la réforme de l'Union européenne. Un peu plus tard, vers 19h, tous se rendaient devant l'Ambassade d'Irlande à Paris pour un "pique-nique
européen pour un non irlandais" où s'étaient rassemblée une petite centaine de personnes. Le lendemain, 29 mai, jour du troisième anniversaire du "non" français, Paul-Marie Coûteaux
conduisait une manifestation à Paris de Saint-Germain des Prés à l'Assemblée nationale pour faire du 29 mai "la fête nationale de la souveraineté", tandis que Patrick Louis se rendait à
Dublin, accompagné de Christophe Beaudouin (juriste et coordinateur du mouvement pour le Nord Pas-de-Calais), à l'invitation de la députée Kathy Sinnott, l'une des principales
porte-parole du « non » en Irlande, pour y tenir une réunion publique. Le secrétaire général du MPF a par ailleurs indiqué que son groupe parlementaire avait édité une brochure
d'explication critique sur le traité de Lisbonne, envoyé aux quelques 2 millions de foyers Irlandais. Enfin, le Mouvement de Philippe de Villiers a lancé, à
travers le dernier numéro de son mensuel "Pour la France" et sur son site, une lettre-pétition à destination des parlementaires, exigeant qu'ils n'abrogent pas le référendum
constitutionnel obligatoire sur tout nouvel élargissement d'une part, et de cesser de voter, chaque année, les crédits de préadhésion de la Turquie dans le projet de loi de finances, d'autre
part.
Source: Observatoire de l'Europe
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